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Axe 4 - Formes, médiation, transmission
(Responsable Sibylle Goepper)
Situé à la croisée des champs scientifiques et des thèmes de recherche de l’IETT, ce nouvel axe a pour vocation de s’attacher aux formes, qu’elles soient esthétiques, stylistiques, techniques ou encore technologiques, et d’explorer leur fonction d’intermédiaires et de passeuses. Il constitue à bien des égards le versant pratique et exemplifié du vecteur transversal, résolument conceptuel et métaréflexif. Œuvrant lui aussi dans une perspective interdisciplinaire, transculturelle, diachronique et synchronique, l’axe 4 accueillera aussi bien les travaux relevant des arts et de la littérature que de l’histoire et des sciences sociales. On y accordera un intérêt particulier aux textes, mais également aux représentations, figurations et expressions autres que textuelles, ainsi qu’aux discours et aux diverses formes d’oralité. Reprenant à son compte l’aphorisme de Marshall McLuhan selon lequel le message est impacté par le médium, on y poussera le curseur vers l’analyse formelle et matérielle des objets, ainsi que vers leur rôle d’interface et de support de communication et de transmission. L’attention ira à la facture et à la plasticité des objets littéraires, artistiques, culturels, médiatiques, économiques, commerciaux, publicitaires, juridiques, scientifiques, politiques, historiques, pédagogiques, mémoriels, qu’on étudiera de façon privilégiée à travers les supports et les canaux qu’ils empruntent pour advenir et s’exprimer, pour se diffuser, mais également pour entrer en dialogue et en interaction entre eux et avec leur environnement.
L’analyse des formes et formats sera appréhendée sous l’angle stylistique, narratologique, esthétique et/ou matériel, technique et technologique afin d’en souligner la richesse, mais également les spécificités et la nature propre ; seront conviés les médiums les plus divers : texte, image, son, corps, voix, d’origine humaine ou artificielle, enregistrés sur supports traditionnels ou numériques… On retracera ainsi de manière dynamique leur histoire, ainsi que celle des genres, des structures, des constructions, qu’il s’agisse de celles du langage et du récit, et leurs possibles oscillations entre dits et non-dits, ou encore des imaginaires, conscients et inconscients. On tentera également, dans l’esprit des études sur les avant-gardes, de saisir les mécanismes d’émergence de nouveaux procédés de production et de réception, par exemple liés à la dématérialisation, à la numérisation (jeux vidéo, podcasts audios et vidéos, médiums dits émergents – olfactifs, haptiques – ou immersifs) ou encore à l’utilisation des réseaux sociaux (blogs, forums) et d’entités capables d’agréger et générer des contenus linguistiques ou visuels (outils d’Intelligence Artificielle). On se demandera à leur propos si leurs modes d’expression et leurs stratégies de codage relèvent de la fluidité, du brouillage ou au contraire de la disruption. L’accent sera enfin mis sur la pénétration et l’infusion réciproque de discours ou encore de techniques appartenant initialement à différentes spécialités dans des objets ou des genres tiers, caractérisés dès lors par leur hybridité (bande dessinée, romans graphiques, jeux, jeux vidéo, théâtre, opéra, performance, mix media, tutoriels, capsules). La question de la coexistence de plusieurs médiums d’origine en leur sein, mais également de l’enrichissement et de la potentialisation que permettent les jeux d’échanges et d’absorptions réciproques dont ils sont le produit sera l’une des voies possibles pour l’investigation. Le questionnement concerne enfin la recherche elle-même et les réflexions épistémologiques qui découlent de l’usage de formes variées et parfois hybrides de production et de restitution du savoir : terrains numériques, recherche action, cartes sensibles, recherche création.
Les notions fondamentales de seuil, de passage, de franchissement et de partage sont au cœur de la médiation et de l’intermédiation. La réflexion peut dès lors être élargie aux interactions entre les domaines, par exemple par le biais de l’interpénétration entre les humanités et les autres disciplines : philosophie, droit, médecine, psychanalyse, biologie, économie, écologie... D’autres phénomènes d’hybridation viennent s’ajouter : on pense à la science historique ou « métahistoire », recourant de plus en plus fréquemment à la fiction, voire à la littérature (Ivan Jablonka, Patrick Boucheron, Hayden White), à la médiation scientifique ou encore à la vulgarisation grand public. La médiation peut se décliner de manière très concrète. Elle est par exemple présente dans les activités de traduction et d’édition qui, en tant qu’espaces privilégiés de translation et de transferts, pourront être abordés pour eux-mêmes. Elle peut enfin être comprise de manière plus symbolique et figurée, à travers des productions visant au dépassement de conflits ou de traumas, et y œuvrant par le biais de dispositifs adaptés (littérature de la résilience, art thérapie, rites religieux, actions de care, justice réparatrice et transitionnelle).
La capacité singulière à produire, par le biais du sensible et du performatif, un effet sur les individus, les collectifs et les sociétés est l’ultime volet des activités de cet axe. Dans ce cas encore, la production individuelle ne saurait être la seule référence, il faut étendre les investigations à l’échelle des collectifs et des sociétés. On étudiera les logiques et les conditions de production, y compris dans une perspective technologique, économique, industrielle et post-humaine, mais aussi les vecteurs, leviers et circuits de transmission (cognitifs, affectifs, émotionnels, communicationnels, actionnels, interactifs) vers l’individu et la société. À l’autre bout de la chaîne, les divers « récepteurs », et leur compétence à décrypter et décoder les intentions exprimées, de même que les informations et messages transmis, constitueront un pôle central. On prendra en considération pour ce faire aussi bien la sphère individuelle (dialogue intergénérationnel, constitution de filiations et de généalogies) que les politiques collectives en matière d’enseignement (didactique, pédagogie, pédagogie innovante, ingénieurie pédagogique), de culture et de patrimoine (politiques d’affichage à travers les monuments et les célébrations collectives, cultures populaires et folkloriques, pratiques d’archivage, arts muséographiques), de spiritualité (religion, croyance, cérémonies, rites) et de mémoire (hantologie en musique et littérature, recherche de provenance), domaines pour lesquels l’étude de la tension entre tradition et conservation, d’un côté, invention et renouvellement, de l’autre, sera assurément fructueuse.
L’objectif de cet axe est de se déplacer en deçà et au-delà du texte. Dans tous ces domaines, ce sont aux modalités d’expression, aux stratégies communicationnelles, aux formats et dispositifs, aux mises en scène, aux effets et impacts qu’ira notre attention, de même qu’aux actions et interactions générées qui, à leur tour, viennent façonner les subjectivités et ce que l’on nomme « réalité ».
Mots-clés : formes ; formats ; textualité ; oralité ; matérialité ; dématérialisation ; avant-gardes ; médiums ; (inter)médiation ; intertextualité ; inter/intramédialité ; communication ; interaction ; hybridation ; (dé)codage ; traduction ; liminalité ; circulation ; diffusion ; transmission ; enseignement ; mémoire ; réception ; performativité ; action ; politiques ; innovation ; conservation
