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Axe 3 - Migrations, diasporas, citoyennetés et sécurité

Cet axe constitue une reconfiguration de l’axe "Migrations, métissages et citoyennetés du contrat" 2011-2015. Nous insistons désormais sur les transferts intellectuels incluant la circulation des idées, des concepts et des théories. De plus, nous souhaitons intégrer le thème de la sécurité associé à la question des identités politiques (la citoyenneté) en relation avec les problématiques diasporiques.

Depuis le dix-huitième siècle au moins, l’émergence d’une économie capitaliste moderne associée à l’expansion occidentale a provoqué des mouvements migratoires, des exodes et des déplacements diasporiques sans précédent, bouleversant les hypothétiques frontières de cultures et les identités nationales inventées par les courants romantiques dans le sillage des révolutions républicaines, américaines et françaises. Les traces de ces histoires singulières, individuelles, familiales ou communautaires, n’ont cessé depuis lors de s’accumuler dans les mémoires, les textes, les langues et les pratiques d’une modernité désormais globale. Les travaux entrepris dans le cadre de cet axe continuent à interroger les manifestations culturelles, littéraires et intellectuelles de cette circulation diasporique. Ils invitent plus particulièrement à repenser les catégories disciplinaires, la migration des savoirs et la géopolitique de la connaissance à partir d’une domination épistémologique (post)-coloniale du monde euro-américain. Que deviennent les théories lorsqu’elles circulent ? Comment les processus de traduction des notions et d’appropriation des idées dans de nouveaux contextes sociaux historiques provoquent-ils des reconfigurations intellectuelles et des modifications de significations ? En quoi ces déplacements, essentiellement à sens unique, ont-ils participé d’une hégémonie culturelle "occidentale" dans la modernité ?

L’étude des textes et des représentations associées à la question des migrations nous entraîne inévitablement sur le terrain des identités politiques. En effet, si le citoyen fut théorisé par les penseurs des lumières en tant sujet purement politique muni de sa seule volonté, les pratiques et les idéologies des états nationaux ont articulé cette identité politique avec l’affirmation de l’existence de communautés culturelles, linguistiques et parfois raciales. Le moment postcolonial contemporain a signé la fin de ces illusions modernes d’identités de cultures, de "races", de langues déterminées, stables et non problématiques. Et si cette circulation des hommes, des idées, des objets et des pratiques qui engendre des processus de métissages et d’hybridations est, d’un point de vue phénoménologique, un processus déjà pluriséculaire, les reconnaissances politiques de l’hétérogénéité (multiculturalisme, plurilinguisme), plus récentes, s’accompagnent de crispations dans le corps social, surtout en Europe où domine encore le sentiment d’appartenir à des communautés relativement homogènes et stables. La visibilité nouvelle de ces mouvements migratoires entraîne des replis identitaires puissants et des sentiments d’insécurité culturelle diffus, notamment de la part de ceux qui s’imaginent "autochtones". Dès lors, les populations minoritaires se trouvent au centre de tensions récurrentes autour des normes et des pratiques culturelles, souvent condamnées soit à l’affirmation communautaire soit à l’effacement de leurs différences et l’oubli de leurs histoires.

Dans l’esprit des "cultural studies", nous tentons d’élucider ces questions en articulant les études textuelles et discursives avec des problématiques sociales et historiques.